Le passeur - Lois Lowry

Bonjour bonjour (ou bonsoir!). Pour ce billet, je vais parler à la fois d'un livre et d'un film. Il s'agit du roman de Lois Lowry paru en 1993, Le passeur (The Giver en VO) et du film du même nom, réalisé par Philip Noyce, avec Brenton Thwaites et Jeff Bridges (entre autres) et sorti  en 2014.
ATTENTION, IL Y A DU SPOIL ICI, MÊME SI JE NE DIS PAS LA FIN.
J'ai d'abord vu le film et ce que j'ai vu m'a assez intriguée et plu pour que je lise le livre. Le roman a la réputation d'être parmi les premiers livres de dystopie pour ados, sinon le premier. Il se déroule dans un avenir qu'on devine à plusieurs générations de nous (au moins sept ou huit, je dirais), puisque cela fait très longtemps que la société décrite est telle qu'elle est et que plusieurs Passeurs se sont succédé, après ce qu'on a appelé la Ruine (la destruction du monde tel que nous le connaissons.)

Dans cet avenir, les hommes vivent dans des communautés où il n'y a que des émotions de surface (contentement, amitié simple, satisfaction, amusement) mais rien de profond (pas de haine, pas d'amour, pas de jalousie, etc.). Chacun a un rôle bien défini et suit des règles simples. L'enfance y est très balisée, et à chaque étape, il y a une cérémonie. Dès huit ans, ils font du bénévolat, ce qui aidera les anciens à déterminer leurs atouts et intérêts pour leur donner leur futur rôle dans cette société si parfaite, lisse, conformiste au possible. Cette attribution est donnée lors de la cérémonie des 12 ans, qui marque la fin de l'enfance et le début de la formation à la vie d'adulte.

L'histoire commence en hiver. Jonas a 11 ans et appréhende sa cérémonie. Lors de cette dernière, on ne lui attribue aucun rôle lors de la répartition. On le retient à la fin pour révéler au peuple qu'il a été sélectionné pour devenir le prochain Dépositaire de la Mémoire. Il suivra donc sa formation avec l'actuel historien/musée à mémoire de service, qui lui passe les souvenirs. Le passeur, c'est lui. Et Jonas apprend ce qu'était le monde avant la Ruine. Il apprend les sentiments, les couleurs, les relations humaines, le bon, le mal, la paix, la guerre... Est-ce bon de savoir tout ça? Ou est-ce meilleur de conserver la communauté telle qu'elle est?

Le film suit la trame générale, jusqu'à la fin, qui est à peu près pareille. En cela, dans le propos et les faits, les deux oeuvres sont assez similaires. Il y a tout de même des différences, des aspects, ou des caractéristiques des personnages qui sont passés à la moulinette de l'adaptation.

Tout d'abord, l'âge de Jonas et de ses amis. Il ont désormais 16 ans. Et je dois dire que c'est pour le mieux. Mon avis est qu'un gamin de 12 ans me paraît moins apte à vivre et accomplir ce qu'il fait dans le livre. Un adolescent rend l'histoire un peu plus crédible à mes yeux. Après, le choix d'en faire des ados était probablement influencé par le Dieu Argent et l'effet de beaux jeunes gens sur le public cible (un peu comme pour Percy Jackson, qui a subi la même croissance pour son passage sur grand écran).

Ensuite, les médicaments. Dans le roman, il est dit que tout le monde, dès les premiers signes de désir (sexuel), prend une pillule pour anesthésier ces effets. Dans le film, ce n'est pas précisé, et le médicament que les gens prennent semble être un fourre-tout imprécis. Ce n'est pas bien grave, mais ça aide à la compréhension de ce monde.

Pour continuer, Asher, le meilleur ami de Jonas et Fiona, devient pilote de drône car aventureux, hors dans le livre, il est plutôt maladroit et rigolo, ce qui fait de lui un futur responsable des loisirs. Ce changement n'a qu'un seul but selon moi: aider le scénario à avancer en y ajoutant une dose de tension et d'action. De quelqu'un assez accesoire (dans le roman), il devient un peu plus important voire essentiel pour le déroulement de l'histoire (dans le film.)

Il y a d'autres différences, mais elles sont moindres, dirais-je. Le propos du roman reste inchangé: la liberté, le libre-arbitre, les émotions, la mémoire, la différence, l'individualité sont des parties intégrantes de l'humanité et les retirer fait de nous des pâles fac-similés, dans un état finalement totalitaire et délateur.

Le livre se lit très rapidement. J'ai été pour ma part un peu sur ma faim à la fin, mais finalement ça reste ouvert. Peut-être faut-il lire les autres livres pour comprendre ces communautés et les conséquences des actes de Jonas. En tout cas, on comprend les enjeux et on découvre petit à petit, même si on s'en doutait vachement avant, quelles horreurs les gens de cette communauté commettent sans en avoir vraiment conscience, pour certains (la scène avec le nourricier et le bébé, aussi bien dans le roman que dans le film, fait froid dans le dos. C'est ça, leur perfection?)

Le film se suit très bien. Tout est en niveaux de gris, pour coller à l'atmosphère du roman, dans lequel on ne voit pas les couleurs. Et les couleurs apparaissent ici et là, au fur et à mesure que Jonas avance dans son apprentissage de la mémoire. J'ai trouvé l'acteur principal (Brenton Thwaites) convainquant, à la foix doux, hésitant, mais finalement déterminé. Les adultes font leur boulôt, les autres ados aussi. Tout se tient bien. Il y a bien quelques failles, notamment dans le montage, qui rend le tout maladroit. Par exemple, lors de la cérémonie, les ados défilent, on leur donne leur attributions, mais pour Asher et Fiona, on a droit à un speech qui résume les raisons de ces attributions. Cela rend le tout bancal. Il n'y a rien de ça dans le roman.

Il aurait aussi fallu apporter plus de nuances dans la différence entre les émotions de surface et les sentiments profonds. Quoi qu'il en soit, même un peu bancal, cela reste pour moi un beau film sur la recherche de soi, de la différence, de la mémoire, au même titre que le livre.

Livre: 7/10 - Film: 7/10

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire